17/09/2010

Question au Ministre de la Justice suite au scandale de pédophilie au sein de l’Eglise

IMG_3811.JPGMonsieur le Président, Monsieur le Ministre,

Les faits de pédophilie au sein de l’Eglise sont aujourd’hui au coeur de l’actualité.

Subitement, notre société et, surtout notre justice, semblent découvrir l’existence de tels comportements déviants et criminels au sein de l’Eglise catholique belge. La liste des hommes d’Eglise poursuivis ou suspectés, ces 20 dernières années, pour des actes de pédophilie ou d’abus sexuels est pourtant longue.

Je me permets de vous rappeler brièvement certains faits:

-1990, condamnation du curé de Kinkempois pour avoir entretenu des relations sexuelles avec des mineures. La peine prononcée fut très légère et déjà à l’époque, il avait été question d’une entente cordiale de mauvais aloi entre le Justice et l’Eglise pour le soumettre à des conditions très souples de détention... (Je vous rappelle qu’il dû s’exiler dans un Monastère). Le Ministre de la Justice de l’époque était Mr Melchior Wathelet (père).

Il semble donc que la famille sociale-chrétienne apprécie conclure des accords avec l’Eglise catholique. J’y reviendrai.

-1994, condamnation de l’abbé de Thirimont.

-1995, condamnation de l’abbé de Belches.

-1996, suspicion de pédophilie pour les curés de Haut-Ittre et d’Eupen.

-1996 toujours, condamnation du curé de Quenast.

-1997, l’abbé Vanderlyn de St Gilles avoue 8 viols de mineurs. 1997 toujours, mise en cause d’un prêtre du Pajottenland, du curé de Waha, du sacristain d’Erwetegem et du curé de Sainte Walburge.

-1998, scandale du curé d’Ottré, accusé d’attentats à la pudeur et de viols avec violence sur des fillettes dont certaines avaient moins de dix ans.

-En 1998 toujours, c’est au tour d’un aide-sacristain d’Oostkamp et d’un curé d’Erembodegem d’être mis en cause pour des attouchements sur mineurs.

-En 2000, l’affaire Borremans fit grand bruit. Ce curé bruxellois fut condamné récemment à 5 ans de prison avec sursis pour abus sexuels répétés sur mineur.

-2001, condamnation de l’ancien curé de Pepingen pour viol sur mineur.

-2005, 2007 et 2008, encore des condamnations de prêtres suivies par l’affaire du prêtre de Kalmthout condamné à 9 ans de réclusion avec mise à disposition du gouvernement pour viols sur mineurs et pédophilie.

-Enfin, en 2009, condamnation d’un sacristain catéchiste liégeois pour viols sur mineures commis à Visé dans les années 90

 A la lecture de cette longue liste, une phrase, une seule phrase me vient à l’esprit: ça suffit! 

Il est grand temps que l’Eglise prenne ses responsabilités et ouvre les yeux face à ses propres démons. Il est primordial que cette loi du silence qui existe au sein de l’Eglise soit brisée et que l’on permette à la justice de faire son travail en toute indépendance. Cependant, permettez-moi d’avoir des doutes quant à la réelle indépendance de la justice en la matière. Je m’étonne en effet de voir combien les rapports entre Justice et Eglise sont encore étroits dans notre pays.

Monsieur le Ministre, vos comportements et vos déclarations depuis l’éclatement de ce dossier ne font que confirmer ce constat douloureux. Dès à présent, le Parti Populaire vous demande d’user de votre droit d’injonction positive pour que ces faits graves commis à l’encontre de mineurs soient traités par des tribunaux indépendants et que tous les prêtres pédophiles identifiés (dont au moins 91 sont toujours en vie et certains toujours en fonction) soient traduits devant la justice pour y être sanctionnés si bien entendu les délais de prescription le permettent encore.

Vu l’ampleur de ce scandale, permettez-moi de me poser des questions quant à la décision de la Justice de considérer comme irrégulières les perquisitions menées durant l’été au sein de l’Eglise. J’espère que la Justice n’a pas subi de pressions pour rendre cette décision.

J’aimerais également, Mr le Ministre, que toute la lumière soit faite sur le rôle que vous avez joué dans cette affaire. Il faudra également clarifier le rôle joué par le Cardinal Daneels car il semblerait que dans 30 à 50 dossiers reçus par la Commission Adriaenssens, le Cardinal ait été informé de ces faits de pédophilie mais qu’il soit resté sans la moindre réaction. Je me pose d’autant plus des questions quand j’apprends que la Commission Adriaenssens avait conclu avec la justice un accord selon lequel, en vertu du principe de subsidiarité, ces plaintes devaient d’abord être traitées par la Commission elle-même et non par la justice. Je dois vous avouer que je considère cet accord totalement inacceptable et qu’il est en contradiction avec nos règles de droit. Depuis quand, une institution, quelle qu’elle soit a-t-elle le droit de régler des tels faits en toute partialité? Savez-vous qu’aucune autre institution ne bénéficie d’un tel privilège dans notre pays ?

Est-il acceptable, dans un pays de droit, que l’Eglise soit à ce point juge et partie avec l’assentiment et le soutien du Ministre de la Justice qui doit pourtant défendre la primauté de la justice étatique? Je déplore amèrement le soutien que vous avez apporté à cette forme de privatisation de la Justice en vous laissant guider par vos propres convictions religieuses. Ceci est tout simplement intolérable ! 

 Mr le Ministre, je vous demande de veiller à ce que l’enquête puisse désormais suivre son cours en dehors de toute intervention de l’Eglise et d’exiger avec fermeté que celle-ci transmette tous les dossiers d’abus sexuels au parquet fédéral ou aux différents parquets compétents. Je plaide, en outre, pour l’institution d’une Commission d’enquête parlementaire pour vérifier si d’éventuelles protections ou pressions ont eu lieu dans les rapports qu’entretiennent notre justice et l’Eglise catholique belge.

Enfin, vu l’implication profonde de l’Eglise dans ce dossier, je vous demande d’orienter les victimes vers les centres spécialisés d’aide aux victimes et non vers la structure de soutien mise en place par l’Eglise malgré le soutien inconditionnel que vous apportez à ce projet qui m’apparaît totalement éloigné des principes défendus par le monde judiciaire. Comprenez que je sois choqué de voir un Ministre de la Justice qui ne croit pas en l’institution qu’il représente !

Mr le Ministre, je pense qu’un acte fort s’impose afin de montrer à tous que nul n’est au-dessus des lois dans notre pays et que la justice a, en matière de respect des victimes, tiré les leçons de l’affaire Dutroux.

J’appelle enfin l’Eglise à prendre ses responsabilités et à poser les actes forts qui s’imposent en adoptant une attitude coopérative et pro-active. Ces faits sont tellement graves et les souffrances vécues par les victimes tellement profondes que notre pays et sa justice ne peuvent rester sans réponse face à ce nouveau scandale de pédophilie qui secoue la Belgique.

Je vous remercie.

Laurent LOUIS

Député fédéral  -  Parti Populaire

 

20:06 Écrit par Laurent LOUIS - D | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

Commentaires

et concernant l'indemnition des victimes,
pourquoi n'ai-je pas encore entendu parler de la loi du 1er août 1985 ?

Écrit par : Titevie | 17/09/2010

Je suis totalement de votre avis ,il faut que ces gens soient punis pour leurs crimes ,plus encore que n'importe quel citoyen, car ces prêtres ont fait voeu de chasteté et ils enseignent aux enfants que c'est un péché d'y succomber, mais en même temps ils profitent de leur position pour leur faire subir les plus graves violences ce qui détruit ces enfants pour la vie .Bravo il faut continuer et surtout dire aux enfants que les prêtres peuvent être dangereux! C'est triste d'en arriver là mais il vaut mieux prévenir que guérir .

Écrit par : Dieu Josette | 01/10/2010

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