06/10/2010

Commission de la Justice du 5 octobre 2010

Ce mardi 5 octobre 2010, la Commission de la Justice de la Chambre entendait Mr le Professeur Adriaenssens dans le cadre du scandale de pédophilie et d’abus sexuels au sein de l’Eglise.

Voici la question que j’ai posée à Mr Adriaenssens:

IMG_3863.JPGMr Adriaenssens, je vous remercie pour votre exposé.

Comme nous l’avons déjà dit au sein de cette Commission, toute la problématique de ce dossier réside dans la question de la séparation des pouvoirs.

En ce sens, je continue de critiquer vivement les accords passés entre l’Eglise et la Justice. Ce n’est pas la 1ère fois que de tels accords ont été conclus mais j’espère sincèrement que ce sera la toute dernière fois car il n’est pas normal que l’Eglise soit la seule institution qui puisse bénéficier d’une justice parallèle dans notre pays.

Loin de me réjouir de la bonne tenue de votre Commission, comme l’a fait Mr le Ministre de la Justice lors de son intervention du 17 septembre 2010 devant cette même Commission, je voudrais vous demander ce qui, selon vous, fait défaut à notre Justice pour que les victimes lui fassent confiance et lui dénoncent ces faits.              

Mr Adriaenssens, vu le nombre d’abus sexuels qui ont pu être mis à jour par votre Commission, avez-vous une formule magique qui donne confiance aux citoyens? Mr le Ministre de la Justice étant présent à nos côtés, cela pourrait peut-être nous aider à améliorer le fonctionnement de notre institution judiciaire en laquelle les Belges ont malheureusement de moins en moins confiance.

Je voudrais également vous demander si le rôle de filtre que devait jouer votre Commission ne vous a pas mis mal à l’aise. Mr Visart de Bocarmé a lui-même reconnu que seule la Justice était à même de décider de ce qui devait être prescrit ou non. Je voudrais donc savoir qui décidait, au sein de votre Commission, du classement sans suite ou non des dossiers?

Enfin, je voudrais vous demander quel rôle a joué le Cardinal Danneels dans cette affaire et quel est le soutien qu’il vous a apporté dans vos travaux? En effet, il semblerait que vous n’ayez pas eu le temps de demander au Cardinal de s’expliquer par rapport aux plaintes de certaines victimes, auxquelles ce dernier n’avait pas donné suite jusqu’à présent. N’est-ce vraiment que de la seule faute de l’action de la Justice, à savoir les perquisitions du 24 juin, que ce rendez-vous n’a jamais pu avoir lieu ou cela relève-t-il d’un manque de volonté du Cardinal?                                                                                          

 Sincèrement, en ce qui me concerne, je ne peux pas croire que l’Eglise ignorait l’ampleur de ce scandale. Je crois surtout qu’elle préférait l’occulter.

Pour conclure, je m’étonne de vous avoir entendu dire que vous auriez travaillé en toute indépendance par rapport à l’Eglise alors que vous avez vous-même reconnu dans la presse que votre Commission était une sorte de pare-feu pour l’Eglise et qu’elle était liée à ses intérêts propres. Ne serait-ce pas une simple indépendance de façade?

Enfin, une fois de plus, au lieu de souligner, comme vous le faites, le courage dont l’Eglise aurait fait preuve dans ce dossier, je ne vois d’ailleurs pas de quel courage vous voulez parler (en effet, l’Eglise n’a pris aucune sanction, aucune décision et son pardon fut même très difficile à exprimer…), je voudrais saluer le courage des victimes qui ont enfin osé briser cette loi du silence.

Je vous remercie.

Laurent LOUIS  -  Député fédéral.

 

Réponse du Professeur: Mr Adriaenssens reconnaît que cette structure pouvait donner l’apparence d’une justice parallèle mais ne répond pas aux autres questions posées surtout en ce qui concerne le Cardinal Danneels. Il répète qu’il n’a eu aucun contact avec lui et qu’il n’y a donc pas eu de pressions de sa part…..

 

Conclusion:

IMG_4154.JPGUne fois de plus, je suis étonné de l’effort mis en oeuvre pour utiliser la langue de bois et faire comme si tout allait bien dans le meilleur des mondes. Il me semble qu’on ne fait qu’occulter la réalité des faits et minimiser l’influence de l’Eglise et de ses responsables. Comme dans l’affaire Dutroux, on préfère voir les auteurs comme des auteurs isolés mais est-ce vraiment la réalité? Les plus hautes autorités de l’Eglise pouvaient-elles ne pas avoir connaissance des ces centaines d’actes d’abus sexuels commis dans leurs institutions? Que dire aussi du comportement du Ministre de la Justice qui a préféré conclure des accords avec l’Eglise au détriment de l’institution qu’il représente. Est-il normal de soutenir une telle forme de privatisation de la Justice? Poser la question, c’est y répondre me semble-t-il.

Aussi, afin de vérifier si d’éventuelles protections ou pressions sont intervenues dans les rapports qu’entretiennent la Justice, le monde politique et l’Eglise catholique belge, je plaide pour la mise en place d’une Commission d’enquête parlementaire dans les plus brefs délais.

Laurent LOUIS


15:50 Écrit par Laurent LOUIS - D | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook |

Commentaires

Bravo Laurent. Sans langue de bois.

Écrit par : Yasmine Dehaene | 06/10/2010

Beau travail Laurent. Bravo.

Écrit par : Frédérique | 06/10/2010

Tout est dit sans concession et sans excès, bravo !

Écrit par : Hupez Léon | 09/10/2010

Les commentaires sont fermés.